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Des entreprises canadiennes, dont le CN, pensent avoir trouvé une façon beaucoup plus sécuritaire d'acheminer du pétrole albertain vers les marchés : en le transportant par train de manière solide.

Marcher sur du pétrole. L’expérience peut sembler très désagréable, mais dans l’entrepôt de Cal Broder, situé près d’Edmonton, elle a plutôt quelque chose de réjouissant.

L’entrepreneur albertain cherche depuis des années à compacter le pétrole des sables bitumineux en de gros blocs solides.
Sa recette? Il chauffe le pétrole pour que les hydrocarbures les plus légers s’évaporent. Quand le produit refroidit, il épaissit et prend l’apparence d’une plaque de beurre.

"Le gros avantage, avec un produit solide, c'est qu'en cas d'accident, il ne coule pas dans la nature. Et dans l’eau, il flotte."
Cal Broder, président, BFH Corp

C’est sur ces « plaques » ou ces « briques » que Cal Broder peut tenir debout. Il espère maintenant les insérer dans des conteneurs pour les envoyer par train ou par bateau.

Si les investisseurs montrent de l’intérêt, les premiers blocs de bitume pourraient être expédiés en Asie d’ici six mois.

Au point d'arrivée, les blocs redeviennent liquides, grâce à un processus électrique breveté que Cal Broder a développé.
Et il n’est pas le seul à miser sur le pétrole solide. Le CN, par exemple, vient de lancer un projet pilote pour transporter des briques de bitume par rail.

La clé : enlever le diluant

Le pétrole solide a un autre très gros avantage : comme il ne contient pas de diluant, les risques d’explosion sont minimes.

Le diluant, c’est ce liquide très léger, combustible, qu’on mélange au bitume pour qu’il coule facilement dans les tuyaux des pipelines. Sans lui, le pétrole n’arriverait jamais à destination.

On le retrouve aussi, ce diluant, dans la plupart des trains qui transportent du pétrole albertain sous forme liquide.

Le hic, c'est qu'en cas de déraillement ou d'accident, un produit dilué a bien plus de risques de s'enflammer.

Sachant que le défaut principal du transport par train, c'est la sécurité des gens le long des voies, donc si on le transporte non dilué le pétrole, il devient presque inoffensif.

Louis Fradette, professeur en génie chimique, École Polytechnique de Montréal

Et les coûts?
Dans l’industrie, on dit toujours que le transport par pipeline coûte moins cher que par train. C’est vrai si vous transportez du pétrole liquide, dilué, affirme Cal Broder. « Par contre, pour du pétrole solide, ce n’est pas le cas ».

D’abord, parce que vous n’avez pas à acheter de diluant, un produit qui peut coûter aussi cher que le bitume lui-même. Et puis quand vous enlevez les 30 % de diluant, votre pétrole devient beaucoup plus concentré. Donc, vous pouvez en mettre une plus grande quantité dans votre wagon ou votre conteneur.

Pas une solution miracle

Le transport de pétrole solide a beau avoir des avantages, n’allez pas croire que les briques de bitume vont révolutionner l’industrie du jour au lendemain.

Pour être solidifié, le pétrole doit être lourd à la base. C'est le cas de 73 % du pétrole qui est produit au Canada, entre autres dans les sables bitumineux.

Par contre, dans l’est du pays, le Québec et le Nouveau-Brunswick raffinent surtout du pétrole léger, comme celui qui a brûlé à Lac-Mégantic. Ce pétrole-là, qui venait des États-Unis, n’était pas assez lourd au départ pour être transformé en blocs solides. L’accident ferroviaire de 2013 n’aurait donc pas pu être évité avec cette technologie.

Et puis l’autre grande limite, c’est le réseau de train. « Le train est un nain comparativement au pipeline, qui est un géant », explique le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault. La très grande majorité du pétrole qui est transporté au Canada, ou qui est exporté vers les États-Unis, est acheminé dans des oléoducs.

Exportation de pétrole brut vers les États-Unis (2016)
  • Pipeline 91 %
  • Bateau 5 %
  • Train 3 %
  • Autre 1 %

On aurait beau vouloir prendre tous les hydrocarbures qu'on transporte par pipeline et les mettre sur des rails, on n'y arriverait pas. La capacité n'est pas là.

Le train garde ses limitations. Sur les rails, on peut faire passer un nombre fini de wagons. Louis Fradette, professeur en génie chimique, École polytechnique de Montréal

Alors, une solution miracle ce pétrole solide? Non. Mais quand on sait que, chaque jour, des wagons remplis de pétrole traversent des communautés un peu partout au pays, autant qu'ils le fassent de manière sécuritaire.

Source : ici.radio-canada.ca
 
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