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Trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde se réunissent du 3 au 14 décembre en Pologne, dans l’espoir de combler le fossé entre l’ambition et l’engagement pour la lutte contre les changements climatiques. Or, la participation des entreprises et des investisseurs est primordiale pour atteindre ces objectifs. 

À l’occasion de la COP24, Les Affaires, en partenariat avec Solutions & Co, s’associe à des médias économiques du monde entier dans un projet unique de journalisme d’impact afin de vous présenter des solutions d’affaires mises en place aux quatre coins du globe pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone et qui représentent de réelles occasions commerciales.

Au Québec, une jeune entreprise a mis au point un procédé de recyclage du polystyrène (PS) qui réduit de 83 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à la fabrication de résine vierge.

Le polystyrène est l'un des plastiques les plus utilisés, et les moins recyclés, au monde. Utilisé autant pour la fabrication de barquettes pour les fruits et légumes et les pots de yaourt que de contenants pour la restauration rapide ou encore pour l'emballage, ce matériau est aussi une source importante d'émissions de GES à cause du pétrole utilisé pour sa fabrication.


En 2016, sa production annuelle mondiale a atteint 24 millions de tonnes, consommant 50 milliards de litres de pétrole, soit plus de 2 % des réserves mondiales, selon le Conseil mondial de l'énergie. Or, si l'on veut demeurer sous la barre des 2 degrés de réchauffement climatique, le tiers des réserves de pétrole doit rester dans le sol, souligne une étude publiée dans la revue Nature, en 2015.

À Anjou, un arrondissement de Montréal, la jeune entreprise Polystyvert a mis au point un processus qui la classe parmi le petit groupe de solutions mondiales les plus prometteuses pour cet enjeu. Leur procédé réduirait de 83 % les émissions de GES par rapport au procédé de fabrication de résine vierge.

«Les solutions de traitement du polystyrène se comptent sur les doigts d'une main, souligne Andrée-Lise Méthot, fondatrice et associée directrice de Cycle Capital Management, une plateforme d'investissement de capital-risque en technologies propres qui compte des bureaux au Canada, aux États-Unis et en Chine. Leur méthode consiste à dissoudre le plastique dans des huiles essentielles pour le transporter plus facilement.»

Selon les données les plus récentes de la Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec), 80 % du polystyrène généré par les citoyens québécois est jeté à la poubelle. Mais, à l'heure actuelle, les solutions de recyclage du polystyrène sont limitées. Elles permettent de traiter moins du tiers du gisement et se révèlent encore peu rentables.

La compression mécanique du plastique pour en faire des bûches pose trois problèmes : le transport (ce plastique occupe un grand volume), la contamination (on ne peut enlever tous les contaminants à la main) et la versatilité (ces bûches ont un usage restreint). Ramener le plastique à un état liquide - à de très hautes températures - est une solution plus flexible que la compression et permet de fabriquer une plus grande variété de produits, mais elle est énergivore.

Dans le procédé de Polystyvert, on dissout le polystyrène dans un concentrateur rempli d'huiles essentielles. On verse le liquide à travers une grille pour en retirer les morceaux non dissous et on le purifie ensuite par floculation. Les contaminants forment des flocons faciles à retirer. On ajoute ensuite un liquide qui isole 80 % des huiles essentielles. La pâte qu'on en tire est ensuite lavée pour purifier totalement le polystyrène, puis transformée en granules transparents purs à 98 %, qui peuvent être réutilisés dans une foule de produits.

L'idée de dissoudre le polystyrène pour le recycler a d'abord été appliquée par le géant Sony dans les années 1980 et 1990, avant de l'abandonner pour se concentrer sur le secteur électronique. «J'ai étudié le brevet de Sony pour tenter de reproduire sa méthode», raconte Solenne Brouard Gaillot, fondatrice de Polystyvert. En vain. C'est finalement le professeur Roland Côté, de l'Université du Québec à Trois-Rivières et aujourd'hui vice-président, R-D, chez Polystyvert, qui dénoue l'impasse, en février 2014. Il imagine un nouveau procédé, brevetable, qui fonctionne dans un bécher contenant 20 grammes de polystyrène.

Un partenariat avec Total

En mai dernier, la jeune entreprise québécoise a conclu un partenariat avec le géant français de la pétrochimie Total qui pourrait mener à une mise à l'échelle importante de sa méthode. «Aujourd'hui, le procédé Polystyvert est le plus avancé et le plus intéressant pour un producteur comme le nôtre», a déclaré Alain Standaert, directeur, R-D, chez Total, lors d'une entrevue à la télé de Radio-Canada.

Aujourd'hui, Polystyvert est en phase d'exploration de son modèle d'affaires, qui repose pour l'instant sur la vente de licences. Celles-ci impliquent des frais d'accès à la technologie, la vente des équipements propriétaires développés par Polystyvert et des royautés par kilogramme de polystyrène recyclé.

Ce modèle repose sur tout un écosystème autour du polystyrène, qui compte trois acteurs principaux : le fournisseur de technologie (Polystyvert), le collecteur de déchets et le transformateur (Total). Le premier tire son revenu de la vente de sa technologie.

Le troisième, en répondant aux demandes de ses clients. «Les Danone de ce monde disent à Total et à ses homologues : tu me fournis du plastique recyclé ou j'emploie un autre matériau pour mes pots de yaourt», dit Mme Brouard Gaillot. En 2020, toutes les résines vierges de l'Union européenne devront contenir au moins 20 % de matière recyclée.

C'est surtout du côté des collecteurs de déchets que ça coince. On ne s'entend pas sur le prix de vente des matières résiduelles. Trop bas aux yeux des collecteurs. Trop élevé aux yeux des transformateurs. Deux avenues sont possibles. Réduire le coût du tri pour les collecteurs en optimisant le processus. Augmenter le coût de la matière vierge, ce qui inciterait les transformateurs à offrir davantage pour les déchets.

La France, par exemple, impose désormais une surtaxe de 10 % aux contenants entièrement faits de matière plastique vierge. Cette intervention du gouvernement rappelle que l'enjeu climatique exige à la fois des percées technologiques et un changement de comportement, à la fois volontaire et induit.

Source : Les Affaires
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