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TROIS-RIVIÈRES — Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a profité de sa première grande sortie publique, vendredi, pour annoncer un plan d’action sur la main-d’œuvre. Et du même souffle, il s’est permis de critiquer les gouvernements précédents dans ce domaine.«Nous savons déjà que ce phénomène de rareté de la main-d’œuvre risque de s’amplifier au cours des prochaines années. Cette nouvelle réalité, qui était prévisible depuis dix ans, aurait dû retenir l’attention de nos prédécesseurs avant. Malheureusement, elle représente aujourd’hui un défi de taille pour bien des entreprises», a-t-il lancé devant les membres de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières.

Même si une stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023 a été lancée en mai dernier sous les libéraux de Philippe Couillard, le nouveau ministre a demandé, dès son arrivée, à avoir un plan d’action «qui va au-delà de cette stratégie».

«Nos équipes travaillent déjà à proposer de nouvelles mesures pour que notre plan d’action sur la main-d’œuvre évolue en temps réel afin qu’elle réponde aux nouveaux besoins liés à la transformation du marché du travail et qui tient compte de nos engagements», a déclaré cet ancien président de chambre.

Selon lui, il est possible de soutenir adéquatement les entreprises et les travailleurs en travaillant étroitement avec les partenaires et les employeurs de chaque région, «en opérant de manière plus chirurgicale». «Et nous avons la volonté d’agir en amont et de façon continue afin d’atténuer le plus possible les contrecoups de la rareté de la main-d’œuvre», a fait savoir le ministre responsable de la Mauricie.

D’où cette intervention sur quatre fronts, soit l’intégration du plus grand nombre de personnes, adapter la main-d’œuvre actuelle, préparer la future main-d’œuvre et augmenter la productivité des entreprises.

Par rapport au premier point, le ministre Boulet a parlé de l’accueil de personnes immigrantes «qui représenteront environ 20 % de la main-d’œuvre des dix prochaines années».

«Nous travaillons actuellement à moderniser le système de sélection afin d’attirer les meilleurs talents. Il faut en accueillir moins, mais en prendre soin», a-t-il lancé tout en évoquant un accès simplifié, un accompagnement accru et un plus grand nombre de missions de recrutement.

En plus de faire allusion aux travailleurs expérimentés, aux personnes handicapées et aux Autochtones comme pistes de solution, le conférencier juge nécessaire l’actualisation des compétences de la main-d’œuvre, «en d’autres mots, la formation continue».

«Il est essentiel de valoriser les métiers et des professions auprès des jeunes de façon à ce que leurs orientations professionnelles soient arrimées aux besoins du marché. Les jeunes doivent impérativement être informés adéquatement des perspectives d’emploi avant de faire leur choix de carrière», soutient celui qui a donné l’exemple de collaboration entre Marmen et la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Par ailleurs, l’invité du jour a souligné l’importance de miser sur l’accélération des programmes d’investissement qui vise la robotisation, l’automatisation et l’informatisation des modes de production.

«Comme partout ailleurs au Québec, le recours à la force de travail de tous les bassins de main-d’œuvre sera nécessaire pour pourvoir les emplois disponibles», affirme celui qui entend mieux faire connaître les services de son ministère qui investit annuellement près d’un milliard de dollars pour améliorer le fonctionnement du marché du travail.

En Mauricie, cette aide représente plus de 32 millions de dollars. En 2017-2018, uniquement dans la région, plus de 11 000 personnes et plus de 400 entreprises ont bénéficié des services publics d’emploi.

Selon les prévisions d’Emploi-Québec, plus de 1,3 million de postes seront à pourvoir au cours des dix prochaines années. Actuellement, près de 117 000 postes sont vacants au Québec. «Il s’agit d’une augmentation de 39 % en seulement un an, ce qui pourrait entraîner un ralentissement du développement économique, d’où l’urgence d’agir le plus rapidement possible», croit M. Boulet.

Et quatre secteurs sont particulièrement sous pression, soit la fabrication, le commerce de détail, la santé et la restauration. «Chaque semaine, on entend des histoires d’entreprises freinées dans leur développement ou, pire encore, dans l’obligation de carrément fermer. C’est la préoccupation du monde des affaires. Ça devient donc la mienne», a fait savoir celui qui a toujours à cœur l’aménagement d’un quartier des affaires et de l’innovation au centre-ville de Trois-Rivières, incluant un centre de recherche dédié à l’industrie 4.0.

Au terme de son allocution, le ministre Boulet a abordé à nouveau le dossier d’ABI. Interrogé à savoir quel était son pouvoir réel de mettre un terme au conflit, il s’est contenté de rappeler qu’il avait accepté la demande de prolongation du conseil de médiation, jusqu’au 21 décembre.

«Il y avait des signes qui me permettaient de croire que cette date-là allait être bénéfique pour atteindre notre objectif d’avoir un règlement négocié dans les meilleurs délais possibles. Le 21 décembre, ce que j’anticipe, c’est qu’on va annoncer un beau règlement. Si jamais il n’y a pas un beau règlement, et que les parties se sont rapprochées de façon substantielle, l’hypothèse de règlement demeure un scénario qui pourrait être approprié. À défaut d’entente, on verra. Je veux vraiment y aller étape par étape», a conclu celui qui semble écarter toute nouvelle demande de prolongation.

Source : Le Nouvelliste
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