Actualités du secteur

Le projet au Saguenay de liquéfaction du gaz naturel GNL Québec devient progressivement la cible, le trophée de chasse, le panache d’orignal des militants de la lutte contre les changements climatiques au Québec.

Il s’agit pourtant, selon le promoteur, d’un projet qui vise à être carboneutre, c’est-à-dire qu’il n’aura aucun effet négatif dans le bilan québécois d’émission de GES (gaz à effet de serre). Il aura un effet positif sur la réduction des GES au niveau planétaire (28 Mt éqCO2 / an). Le projet permettra de créer 1100 emplois permanents et 6000 emplois temporaires de qualité dans une région qui en a grandement besoin.

C’est un projet vulnérable qui mobilise les émotions, étant donné qu’il s’inscrit dans le cadre d’une mondialisation qui est souvent contestée. C’est aussi un grand projet dans le secteur de l’énergie, financé par des capitaux extérieurs, dans une région périphérique dont certains visionnaires voudraient faire un sanctuaire pour les espèces menacées. Pour plusieurs militants écologiques, sacrifier un grand projet économique sur l’autel de l’urgence climatique serait une preuve irréfutable de notre ferveur et de notre engagement inconditionnel dans la lutte contre les GES.

Le marché de l’énergie

Dans une lettre publiée dans La Presse+ du 15 octobre, un groupe de 40 économistes soulève des doutes sur la contribution du projet à la réduction des GES au niveau planétaire. Les signataires interrogent également la contribution du projet au développement de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Cette lettre apporte une contribution à la réflexion sur le projet, mais elle ne fournit aucun argument crédible pour son abandon.

Selon les signataires, le scénario de marché du promoteur selon lequel le gaz viendra remplacer des énergies plus polluantes comme le charbon, en Europe et en Chine n’est pas crédible. Selon eux, l’estimation de réductions globales de GES de l’ordre de 28 Mt éqCO2 / an n’est pas valable. L’argument avancé par les signataires veut que le gaz transporté par ce pipeline pourrait bien remplacer du gaz conventionnel plus propre ou de l’électricité de source renouvelable, et ainsi augmenter les émissions globales de GES au niveau planétaire. C’est un argument qui a sans doute été pris en compte dans l’analyse de marché et qui de toute façon n’est pas assez puissant pour remettre en question le résultat global.

Le véritable test de la crédibilité de cette étude de marché viendra du marché financier. Le projet ne pourra obtenir le financement nécessaire à sa réalisation que dans la mesure où son scénario et sa contribution à la diminution de GES seront crédibles. Dans un marché mondial de l’énergie dans lequel tous les pays sont à la recherche de solutions pour diminuer leur GES, le projet GNL Québec n’a d’avenir et de rentabilité que s’il peut contribuer à la réduction des GES. C’est une question que les financiers vont examiner avec soin avant d’investir dans le projet.

Retombées économiques ?

Le groupe de signataires met principalement en doute la pertinence économique du projet pour l’économie de la région en utilisant l’argument de la pénurie de la main-d’oeuvre. Même si cette question mérite notre attention et que des solutions doivent être trouvées, c’est un problème qui existe dans toutes les régions du Québec.

Est-ce un argument valable pour arrêter tout projet créateur d’emplois au Québec ? Devrait-on demander au gouvernement du Québec de mettre fin à nos efforts et au financement pour la création de nouvelles entreprises ? Les signataires souhaitent pourtant que la région puisse accueillir de nouvelles entreprises dans des secteurs d’avenir. Quelle est la logique ? S’agit-il d’entreprises imaginaires qui échappent à la contrainte de la pénurie de main-d’oeuvre ?

Compte tenu des conditions de travail et de salaire qu’elle offre, l’entreprise n’aura aucune difficulté pour recruter les travailleurs nécessaires à ses activités. Une démarche de formation dynamique pourra d’abord y contribuer. Il y aura un déplacement de travailleurs vers des emplois mieux rémunérés, ce qui est à l’avantage des travailleurs de la région. Des travailleurs en provenance de l’extérieur de la région viendront contribuer à la relance du marché immobilier et au dynamisme du marché local.

La pénurie de main-d’oeuvre dans la région est le résultat de l’exode des travailleurs et non du dynamisme économique. La création d’emplois s’y fait à un rythme beaucoup plus lent que celui de la moyenne québécoise. Le prix des résidences à Saguenay est en baisse. Malgré un taux de taxation plus élevé que celui des autres grandes villes du Québec, Saguenay est incapable de payer ses dépenses courantes dans son budget. Selon les prévisions démographiques de l’Institut de la statistique du Québec, la population de la région diminuera de 15 000 habitants d’ici 2040.

Depuis plus de 10 ans, la région est à la recherche de projets structurants pour diversifier et redynamiser son économie. Le projet GNL Québec pourra y contribuer et il serait sage de ne pas rejeter ce projet avant les évaluations environnementales des gouvernements du Québec et du Canada. D’autres projets d’avenir seront nécessaires pour le développement de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le projet GNL Québec n’est pas un frein à la venue de ces projets.


Source : Le Devoir
© 2019 Coeffiscience. Tous droits réservés. Conception & réalisation du site par HPJ.