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Jugeant l’étude d’impact du projet Énergie Saguenay incomplète, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) demande au promoteur GNL Québec de lui fournir les informations sur les « solutions de rechange au projet », soit les 14 sites qui ont été analysés en vue de l’implantation du terminal d’exportation de gaz naturel albertain. La plupart sont situés le long du Saint-Laurent.

GNL Québec a déposé en février son étude d’impact en vue de l’examen fédéral du complexe industriel de liquéfaction et de transport maritime de gaz naturel que l’entreprise veut implanter au Saguenay.

Après avoir analysé les documents, qui totalisent plus de 5000 pages, l’ACEE conclut cependant que « l’étude d’impact est incomplète et ne satisfait pas à certaines des exigences des lignes directrices ». Une situation qualifiée de « normale » par GNL Québec, « compte tenu de la complexité du processus de réalisation d’une étude d’impact environnemental ».

Parmi les demandes transmises au promoteur du complexe de liquéfaction, l’ACEE s’attarde notamment aux « solutions de rechange au projet, incluant tous les autres sites alternatifs considérés ».

Plus précisément, l’Agence rappelle que GNL Québec dit avoir mené « une analyse rigoureuse de 14 sites, mais ne présente pas cette information » dans l’étude d’impact déposée en février. Elle demande donc à l’entreprise de « fournir les informations en lien avec tous les sites considérés ». Qui plus est, l’entreprise devra « déterminer les effets environnementaux de chacune des solutions de rechange réalisables sur les plans technique et économique ».

Ports sur le Saint-Laurent

Quels sont les autres sites qui ont été évalués par GNL Québec avant de décider de mettre en avant un complexe industriel qui serait construit dans le secteur de Grande-Anse, au Saguenay ?

La direction des communications de l’entreprise, Stéphanie Fortin, n’a pas transmis au Devoir de liste précise des sites qui ont été évalués. « Différents sites potentiels ont été évalués pour l’implantation du complexe de liquéfaction, ces secteurs se trouvant tout le long de la voie maritime du Saint-Laurent et du Saguenay. Ils couvrent la rive sud du Saint-Laurent de, approximativement, Rimouski jusqu’à l’est de Montmagny, la rive nord du Saint-Laurent entre l’embouchure du Saguenay et Baie-Saint-Paul ainsi que le secteur de Lévis », a-t-elle cependant expliqué, dans une réponse écrite.

GNL Québec a par ailleurs déterminé finalement que « le site de Saguenay offre plusieurs avantages en plus de répondre aux critères de sélection : plus grande proximité au réseau de gazoduc existant ; un port en eau profonde accessible à l’année ; site qui ne nécessite pas de dragage, les infrastructures en place ; la disponibilité de terrain et la faible densité de population autour du site ; une source d’énergie renouvelable d’Hydro-Québec ; une main-d’oeuvre compétente ».

Menaces pour le béluga

Le choix de ce site soulève toutefois des inquiétudes réelles pour le rétablissement du béluga, en raison de l’augmentation de la pollution sonore générée par le trafic maritime commercial au cours des prochaines années dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

Selon un avis scientifique produit par des chercheurs de Pêches et Océans Canada, le projet GNL Québec et le terminal de la minière Arianne Phosphate (déjà approuvé par Ottawa) « tripleront » le trafic maritime actuel dans le Saguenay, « pour le faire passer de 450 à près de 1300 transits par an ». 

Dans ce contexte, « on ne peut exclure des risques élevés compte tenu de l’état actuel de la population [de bélugas] en déclin pour laquelle le bruit a été identifié comme un des facteurs de risques », soulignent les chercheurs de Pêches et Océans.

Les scientifiques indiquent d’ailleurs que le Programme de rétablissement du béluga élaboré par le gouvernement du Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril prévoyait des mesures afin de réduire le bruit dans l’habitat. « Les projets proposés ne contribueront pas à l’atteinte de cet objectif. À l’inverse, l’insonification plus fréquente d’un secteur actuellement peu insonifié (le Saguenay) et l’augmentation de 10 % du trafic dans l’estuaire maritime iront à l’encontre des objectifs de rétablissement et des mesures récemment proposées pour minimiser les effets du stresseur bruit », expliquent-ils dans la conclusion de leur analyse.

Dans son étude d’impact déposée à l’ACEE, l’entreprise GNL Québec estime plutôt que « l’effet cumulatif du trafic occasionné par le projet dans l’habitat essentiel du béluga dans le Saint-Laurent est négligeable, considérant la faible proportion imputable au Projet par rapport à l’ensemble du trafic ».

Source : Le Devoir
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